Comme nous l’avons précisé dans le chapitre « tendon d’achille de l’épaule », le long biceps participe à nos yeux souvent aux douleurs d’une épaule, spécialement dans le cadre d’une tendinopathie de la coiffe des rotateurs. Cette souffrance peut être précisée par des examens complémentaires (échographie, IRM) mais fréquemment la douleur est précisée sur le trajet de ce tendon sans aucune anomalie aux examens.

Cliniquement les symptômes sont malheureusement peu spécifiques, mais des douleurs bien localisées au niveau de la gouttière bicipitale, reproduites voir aggravées par la palpation de cette gouttière sont malgré tout évocatrices. Les tests cliniques (Palm up test ou test de Yergason) sont douloureux de manière très inconstante.

Ce tendon présente plusieurs trajets, intra-articulaire puis dans sa gouttière et enfin sous la gouttière. les seuls anomalies identifiables de manière reproductible se situent dans la gouttière bicipitale et dans l’articulation si son insertion est arrachée ou s’il est fendu (attention il existe des variantes de la normale avec un tendon non malade).

Le traitement initial est médical et s’apparente à celui d’une tendinopathie de la coiffe (périarthrite) du fait de sa grande promiscuité avec la coiffe antéro-supérieure (sous-scapulaire supérieur, intervalle des rotateurs, supra-épineux antérieur). Un travail de décoaptation de la tête humérale peut en effet soulager les douleurs liées à l’inflammation de ce tendon, parfois aidé par une infiltration dans la gouttière bicipitale.

Quoiqu’il en soit en cas d’échec du traitement médical le respect de ce tendon (selon nous) durant une intervention concernant les tendons de la coiffe  expose le patient à la persistance d’une partie des douleurs ressenties ou bien à l’apparition ultérieure (parfois à court terme) de nouvelles douleurs.

L’honnêteté pousse à signaler cependant que certains (rares heureusement)  patients opérés du tendon biceps que ce soit par ténotomie ou ténodèse continuent  à ressentir des douleurs parfois très proches de celles ressenties avant l’opération, ce qui explique bien pourquoi certains chirurgiens n’ont pas d’attitude systématique.

Le tendon long biceps possède un trajet idéal avec 2 points fixes :

– au niveau de son point d’origine sur le tubercule supra-génoïdien et sur le bourrelet supérieur,

– la gouttière bicipitale par un orifice limité par le ligament transverse (en rapport étroit avec les fibres hautes du tendon sous-scapulaire et peut être également avec les fibres antérieures du tendonsupraépineux) et le ligament coracohuméral.

Lors d’un traumatisme ou plus souvent d’une usure progressive (dégénérative), les éléments stabilisant ce long biceps peuvent manquer, provoquant une instabilité du long biceps, qui, devenant plus mobile « frotte » durant les mouvements ce qui provoque une inflammation ou parfois ce qui rend le tendon d’emblée gênant.

Quelles pathologies peuvent occasionner une instabilité du long biceps ?

A son insertion citons les fameuses SLAP lésions (voir chapitre dédié).

Au niveau de la gouttière il est classique de rechercher une lésion partielle (de la face profonde) ou totale du tendon sous scapulaire.

La lésion du sous-scapulaire peut être  la cause de l’instabilité du biceps parfois elle n’en est que la conséquence, par exemple lors d’un effort de soulèvement brutal de charge lourde le biceps sollicité peut venir dilacérer le sous-scapulaire et ainsi créer sa propre instabilité par la suite.

Trajet normal du long biceps (dans sa gouttière)
Luxation du biceps (hors de sa gouttière)
Rapports normaux du long biceps
Rapports d’un biceps luxé (rupture du tendon sous-scapulaire supérieur et du ligament transverse de la gouttière bicipitale

Le traitement d’une telle instabilité (équivalent pour le patient à une tendinite du biceps) est celui d’une tendinite, mais le pronostic du traitement médical est souvent très mauvais notamment par  le caractère très douloureux voir impossible de la rééducation ou l’inefficacité de l’infiltration.

A nos yeux cela peut constituer le motif d’une intervention chirurgicale dont le but  est soit de stabiliser le biceps (possible sur son insertion) soit de réaliser une ténotomie ou une ténodèse (également si la lésion intéresse la gouttière bicipitale).

Rupture du long biceps

Que se passe-t-il en cas de rupture spontanée isolée de la longue portion du biceps ?

 

De manière isolée, elle fait suite en général à un accident, un port de charge excessive ou un traumatisme.

Il peut y avoir apparition d’un muscle de Popeye, douloureux au début (contracture musculaire, crampes ..)de même que l’apparition d’un bleu (ecchymose). En général l’évolution est favorable en quelques semaines,  nécessitant parfois de la kiné pour soulager.

Ténotomie et ténodèse du biceps

On appelle ténotomie la section du tendon long biceps au ras du bourrelet supérieur dans l’épaule. celui en général se rétracte dans la loge antérieure du bras et peut aboutir de manière non exceptionnelle (surtout chez l’homme, selon le volume musculaire et la morphologie du bras) à une boule musculaire surnommé « muscle de Popeye », correspondant au corps charnu musculaire de la longue portion du biceps. le biceps ayant 2 tendons (voir anatomie), il n’y a pas de perte de la flexion du coude car le corps musculaire dépendant de la courte portion de biceps fonctionne toujours mais aussi le principal muscle fléchisseur du coude ( le muscle brachial antérieur) est indemne.

Chez le travailleur de force il est possible cependant qu’il existe une petite perte de force liée à cette rupture ou bien que des douleurs musculaires sur le faisceau rétracté (coups de poignard ou crampes) restent gênantes quelques semaines à mois, en général ces symptômes disparaissent avec le temps.

Ténodèse du tendon long biceps

On appelle ténodèse la fixation d’un tendon (sur un autre tendon ou bien sur un os). La ténodèse du biceps consiste à fixer le tendon du biceps sur l’humérus dans la gouttière bicipitale ou bien en dessous. La première étape est une ténotomie comme expliquée ci-dessus puis le tendon :

est fixé le plus souvent par l’intermédiaire d’une ancre identique à une réinsertion de tendon de la coiffe (voir chapitre),

ou bien introduit dans un tunnel osseux et fixé dans la gouttière par une vis « d’interférence » (technique couramment utilisée pour fixer un ligament croisé au genou), technique utilisée par le docteur GUINAND, voir vidéo.

ou encore coincé dans un orifice osseux sous la gouttière après l’avoir suturé en boule sur lui même (technique du « trou de serrure » popularisée sous arthroscopie  par le docteur KANY, voir vidéo ténodèse trou de serrure)

Les indications sont encore débattues entre chirurgiens, que ce soit sur la nécessité de réaliser un geste sur le tendon biceps et si un geste est décidé qu’il s’agisse d’une ténotomie simple ou d’une ténodèse.

Nous pouvons résumer notre philosophie ainsi :

Geste systématique lors d’une intervention concernant une tendinite de la coiffe des rotateurs avec ou sans lésion ou perforation tendineuse, ou lors d’une instabilité de ce tendon.

Pas de rêgle stricte sur ténotomie/ténodèse mais la ténodèse est envisagée pour le travailleur de force ou les patients avec un risque majoré d’effet Popeye.

La grande majorité des patients ayant subi un geste sont soulagés de leurs symptômes douloureux dans les deux techniques, mais il existe des patients égalements dans les deux groupes qui restent génés sur le trajet du tendon ou par des douleurs musculaires.

Avantages de la ténodèse :

  • persistante d’un effet abaisseur de la tête humérale (importance essentiellement en cas de coiffe non réparable totalement).  Intérêt discuté …
  • diminution du risque de muscle de Popeye (crampes, douleurs sur le corps musculaire, rétraction muscle)

Inconvénients de la ténodèse

  • coût en cas d’utilisation d’une ancre ou d’une vis
  • durée de réalisation au cours d’une réparation des tendons de la coiffe des rotateurs (intervention déjà longue …)
  • reste parfois douloureuse …